pedigree

"On ne sait pas d'où on vient, mais on y retourne"

DE L’HUMOUR ET D’AUTRES

(profession de foi)

Les membres du groupe se sont rencontrés au bord d’une falaise donnant sur la mer, une corde autour du cou, du cyanure entre les dents, un revolver sur chaque tempe, traînant derrière eux leurs bouteilles de gaz branchées sur l’oesophage.

Depuis, nous avons un minimum d’humour.

Nous tournons en dérision nos corps, nos voix et notre univers fantasmatique ; nous nous parodions nous-mêmes et, affrontant ce qui nous touche le plus, nous y découvrons un imaginaire burlesque et absurde.

Obsédés par les stéréotypes bêtifiants de notre société, nous les jouons en les parodiant à l’extrême, jusqu’à tenter de les détruire.

Provocation non-violente par la dérision : aucune place-forte n’est préparée à une attaque humoristique de masse.

Devant la folie, le rire est souvent la seule manière de ne pas être victime du vertige.

Witkiewicz, Chaval et d’autres ont eu de l’humour jusqu’au jour de leur suicide.

L’humour est un garde-fou plus ou moins solide selon les jours. En tout cas, assez fragile.

4 Litres 12, 1973

PEDIGREE

écrit par 4 Litres 12

1972 : Sous l’impulsion d’un pionnier, Michel Massé, 4 LITRES 12 naît et quelques instants plus tard se tourne délibérément vers le théâtre.

1973 : La population de la Terre dépasse trois milliards.

4 LITRES 12 crée un premier spectacle, absurde et réjouissant : Dinguerie Tropicale. Ses acteurs découvrent en même temps les auteurs polonais (S.I. Witkiewicz), la misère, le succès.

1974 : Dans les discussions après les représentations, il est beaucoup question de travail d’acteur, d’humour, de catharsis par la dérision, de plénitude physique et d’animation dans les ateliers.

Witold Gombrowicz téléphone à 4 Litres 12 – coup de foudre, tout le monde s’embrasse et décide de créer un spectacle à partir d’Yvonne, Princesse de Bourgogne. Malin, le travail des acteurs en profite pour s’approfondir.

1975 :  Nombreuses représentations et premiers festivals (Nancy, Wroclaw). Les Polonais et 4 LITRES 12 se comprennent à demi-mot.

Achat d’un Tube Citroën HY 1400kg modèle rallongé d’occasion.

1976 :  C’est déjà rare les troupes qui durent si longtemps.

Avec encore une fois l’aide irritante de Witkiewicz qui s’est suicidé le jour de la déclaration de guerre, il faut le savoir, 4 Litres12 crée Une locomotive folle. Beaucoup de fumée, de textes inventés par les acteurs, de tuyaux, de tournées, de l’aveu même de ceux qui ne l’ont pas vu.

 

1977 :  Le 28° R.I. sera-t-il transféré de Nancy à Pont-Saint-Vincent ? Les premières versions du Concerto voient-elles le jour ?

Oui aux deux. Pure coïncidence.

1978 : Le camion marche toujours, et le groupe s’est tout à fait éloigné de la représentation d’un texte théâtral : à partir de 4 Litres 12 in Concerto, ils se font explorateurs de l’imaginaire.

Tournées un peu partout dans le monde. Festivals très jolis. Plus de 20 000 spectateurs. Fin de la misère et début du SMIG.

1979 : C’est l’heure de la sagesse et de la prospérité. Entre deux tournées, on les croise les dimanche à la promenade, la démarche bonhomme, l’oeil malicieux et les poches pleines de bonbons pour les petits. Mais où est donc passée l’angoisse de la création ?

Conseillés par des amis haut placés, ils décident de se marier ensemble.

1980 : Neuf mois plus tard ils accouchent, toujours ensemble, de dix personnages, d’un texte et d’un spectacle   sanglant, Cauchemar à 4 Litres 12 la veille de ses noces, première version et deuxième version coup sur coup.

1981 :  “Ah ! les porcs !” disent les amis haut placés.

1982 :  Dix ans déjà et c’est vrai, ils sont devenus tout petits, tout moches et tout ridés. Et c’est vrai, ils n’ont plus de respect pour rien. On dit même que le prochain spectacle qu’ils sont en train de préparer…

1983 :  Dans un an, c’est la fin du monde. 4 Litres 12 se demande : “pourquoi ?”

Dans le véritable laboratoire de la vie humaine que constitue leur salle de travail, ils découvrent enfin les causes profondes, le secret de l’Histoire qu’ils dévoilent dans La Guerre de Cent Ans, première semaine.

1984 : 600 ans plus tard, La Guerre de Cent Ans fait rire les Français…

Et, comme prévu, la fin du monde a lieu. Un des piliers de 4 Litres 12, la main sur le cœur, s’effondre. Il faut le remplacer. C’est impossible. Mais ça ne fait rien.

1985 : Tandis que de nouveaux personnages embarquent pour la 2ème version de La Guerre de Cent Ans, première semaine, dans le laboratoire les éprouvettes bouillonnent de manière inquiétante.

1986 : Mon Dieu, le mot Alchimie est lancé. Un mystérieux travail commence. Que veulent-ils ? l’or, le pouvoir ? On le leur a déjà proposé, ils l’ont déjà refusé. Alors ?

Alors, ils s’essaient à de nouvelles formes : Imbuvable mais frais, série de courts métrages vidéo. Mais ça ne leur suffit pas. Ils veulent bien plus encore – ce qu’ils traquent depuis toujours, ce qui se cache sous cette peau tannée par les projecteurs et qu’ils tentent parfois d’arracher : le secret de la vie.

1987 :  le secret de la vie tourne ! Il s’appelle 4 Litres Blues – le spectacle.

1988 :  le secret de la vie est tourné ! Il s’appelle 4 Litres Blues – le film. Tir groupé et préparation de nouvelles cartouches.

1989 :  4 Litres 12 deviendra-t-il bicentenaire ? Que s’est-il passé dans la première seconde du Big Bang ? Les talons compensés : évolution ou révolution ?

Toutes les réponses dans La Station Debout, spectacle perpendiculaire au sol.

1990 : 4 Litres 12 chausse ses pneus et arpente les autoroutes de Londres à Berlin via Marseille (135 000 km).

1991 :  C’est la guerre. 4 Litres 12 va se réfugier à Genève.

C’est la paix. 4 Litres 12 lance ses limiers à la recherche d’une vraie pièce de théâtre. Trouveront-ils ?

1992 :  Vingt ans déjà ! Atteints par l’âge, plusieurs piliers de 4 Litres 12 ont dû être remplacés.

La pièce reste introuvable. Tant pis. Ça s’appellera La pièce perdue.

1993 : Alors que des milliers de spectateurs s’acharnent à trouver La pièce perdue, un comité de sages offre à 4 Litres 12 le Grand Prix de l’Humour Noir du spectacle : c’est dit, désormais ils seront respectables.

1994 : Qu’est-ce qui leur prend ? De l’Europe au Rwanda la guerre gronde, et pourtant ils entretiennent des danseuses, s’intéressent à la peinture et se mettent au lit avec des étrangers…. C’est qu’ils ont une liaison violente avec Delacroix et Les Sœurs de Sardanapale, tragédie-ballet franco-belge.

1995 : Sardanapale est tombé du lit, ses sœurs belges sont rentrées au pays, un nouveau président est élu, mais la guerre gronde toujours.

Décidément, on n’est bien que chez soi : de nouvelles sœurs entrent dans le lit de Sardanapale, et même dans la famille.

1996 : Les Sœurs de Sardanapale (Version Française) naissent en janvier, et tout aussitôt partent sur les routes.

Mais les temps sont durs, c’est le retour à l’ordre moral. Ils s’enferment dans leur laboratoire pour se consacrer à la lecture.

1997 :  Près de 100 000 morts en Algérie, sans compter les autres. Ils fouillent toujours dans leur bibliothèque et en sortent Toïedovski, lecture entre chiens et fous.

1998 : Deux mille spectateurs ont forcé les portes de leur laboratoire en hurlant de rire : ils s’enfuient sur les routes avec Toïedovski dans leur camion plein de livres.

1999 : Dans un an, c’est la fin du monde. Ils ne veulent rien savoir : tout en lisant un peu partout, ils se creusent la cervelle avec de nouveaux cobayes humains, au fond de leur laboratoire.

2000 : C’est la fin du monde. En authentique descendant de la tradition orale, 4 Litres 12 résiste au bogue. Et part en exploration Au bord de la tête.

2001 : Un nouveau siècle est arrivé, des tours sont tombées, leur laboratoire a été cambriolé. Qu’à cela ne tienne, ils rêvent d’être les maîtres du monde.

2002 : Ça y est, ils y sont parvenus : 4 Litres 12, le projet, à partir des Plaisirs du Roi de Pierre Bettencourt, leur permet enfin de créer le monde à vue sur un plateau.

2003 :  Patatras ! le monde n’est pas ce qu’il doit être, c’est encore la guerre.

Dans son laboratoire, 4 Litres 12 se penche sur l’humanité avec quelques nouveaux spécimens. C’est un travail acharné, c’est une entreprise périlleuse, c’est Ça le désordre.

2004 : Attentats, sida, tsunami, Darfour… On a volé leur camion, on a cassé leur petit bus, mais ils jouent leurs spectacles, et ils se posent toujours des questions.

2005 : Comme le monde est sens dessus dessous, ils en profitent pour semer leur Désordre à tous vents, faire des travaux dans leur salle, et emménager avec une nouvelle actrice.

2006 : Ils pendent la crémaillère au 412, boulevard des Ogresses, puis repartent semer le Désordre un peu partout, et surtout à Beyrouth.

2007 : La France a un nouveau président. Eux, ils s’interrogent : Folisophie, un spectacle tout en questions.

2008 : C’est la crise : le monde va de plus en plus mal, et pourtant un président Noir est élu aux Etats-Unis… Dans son laboratoire, 4LITRES12 lance ses cobayes à la recherche des causes du mal. Le résultat de ses premières expérimentations est présenté au public dans Détraqué.

2009 : Le monde est toujours Détraqué, il s’interroge avec Folisophie, mais les Etats volent au secours des banques, et dans son laboratoire où chauffent les éprouvettes, 4LITRES12 commence à penser que la fin est proche.

2010 : Et oui, c’est la fin du monde en Haïti, c’est la fin du monde chez Madame Bettencourt, c’est la fin du monde un peu partout dans le monde. Sur les routes et dans son laboratoire, 4LITRES12 cherche des solutions.

2011 : C’est raté. La fin du monde est arrivée au Japon, les pauvres se révoltent, le monde tremble.

4LITRES12 sort de son laboratoire et pose la question au public : est-ce l’Apocalypse 12 ? Le public lui répond « oui ! »

2012 : 4LITRES12 a 40 ans. C’est un bon âge pour mourir.

mais pourquoi 4 litres 12 ?

"On ne sait pas d'où on vient, mais on y retourne"